Les 7 puissances du coaching en développement intégral

Dans cet article, nous explorons les 7 puissances du coaching en développement intégral, qui sont:

1 – le fait d’inclure l’ensemble de la réalité physique et humaine.
2 – les exercices conçus sur mesure pour les clients sur les distinctions, les pratiques et l’auto-observation.
3 – une approche créative et élégante.
4 – l’équilibre entre l’investigation et l’explication dans la relation.
5 – le pouvoir de la présence et de la conscience attentive.
6 – l’identification de ce qui peut s’avérer utile pour cette personne ici et maintenant.
7 – les deux axes du coaching en développement intégral.

 

(Puissance #1) L’inclusion de l’ensemble de la réalité

Les êtres humains sont des créatures infiniment complexes. Collectivement, nous sommes le produit – mais non l’aboutissement – de millions d’années d’évolution. Au plan individuel, chacun de nous hérite des schémas narratifs de la famille et de la culture dans lesquelles il ou elle a grandi. Et chacun de nous dispose d’un corps qui continue à porter ces schémas narratifs dans le temps. Cette complexité soulève deux questions de fond :

  • D’abord, quels domaines de l’expérience humaine le coaching doit-il inclure pour composer de façon concrète avec cette complexité ? Notre expérience démontre que le coaching échoue lorsque nous excluons certains domaines de vie de la personne. Par exemple, certains coachs traitent leurs clients comme si ceux-ci n’avaient pas de corps. Ils sont surpris quand leurs interventions ne produisent pas les résultats voulus. Nous attribuerions cet échec au fait que les clients n’ont pas incarné physiquement ces interventions. Ou alors, nous nous spécialisons dans un seul champ d’intérêt — par exemple « la mission de vie » — et tenons pour acquis que tous les clients partagent ce même enjeu fondamental. Puis nous découvrons un jour que ce qui est encore plus au cœur des préoccupations de notre client n’est pas sa mission de vie, mais plutôt une humeur de fond de ressentiment et un manque important de sommeil. Ou encore, nous ne nous sentons à l’aise que lorsque nous coachons des gens qui nous ressemblent, parce que tous les autres clients sont « impossibles à coacher » ou « difficiles ». Tous ces exemples illustrent le fait que ce que nous ignorons nous cause des problèmes. Ces observations nous ont menés, à New Ventures West, école de développement intégral que James a fondé en 1987, à nous poser la question suivante :

Quelles possibilités pourraient ouvrir le fait d’inclure dans le coaching un cadre le plus large possible ?

  • Deuxièmement, quels impacts ont sur l’apprentissage et le développement des coachs le fait d’inclure dans le processus « l’ensemble de la réalité humaine et physique » ? N’est-ce pas insensé d’attendre des coachs qu’ils deviennent experts en tout ? Les coachs en développement intégral ne sont pas experts en tout. Toutefois, ils acquièrent des compétences dans un grand éventail d’approches et, à tout le moins, une certaine connaissance des courants philosophiques et de la recherche qui les sous-tend. Citons par exemple la linguistique, la somatique, la psychologie du développement de l’adulte, les courants philosophiques du vingtième siècle, comme la théorie intégrale de Ken Wilber et bien d’autres. De façon tout aussi importante, ils développent la capacité à intégrer cette myriade de disciplines en une méthodologie cohérente pouvant s’appliquer à toute situation.

L’emphase que nous mettons sur l’inclusion et sur l’intégration n’est pas le résultat d’un concept théorique sophistiqué. Au contraire, c’est une réponse créative qui a émergé de notre travail auprès de milliers d’individus infiniment uniques et des organisations dans lesquelles ils œuvrent. Chaque fois que nous avons rencontré un client qui nous déconcertait ou un programme de coaching qui prenait l’allure d’une succession de détours, nous avons été forcés de confronter nos limites et de revoir notre approche. Nous nous sommes demandé :

Qu’avons-nous à comprendre de plus à propos de l’être humain pour pouvoir apprécier cette personne dans toute son unicité et réorienter le processus de coaching pour produire les résultats souhaités ? 

 

(Puissance #2) Les distinctions, pratiques et exercices d’auto-observation adaptés à chacun

Parce que chaque personne est unique, les coachs en développement intégral conçoivent des programmes adaptés de près à chaque client. Prenons par exemple le cas où nous coacherions deux managers d’une même organisation qui souhaiteraient tous deux apprendre à « s’exprimer de façon à stimuler l’action. ». Même s’ils visent le même résultat, nous les coacherions de manière différente. Chaque manager aura ses propres distinctions, pratiques et exercices d’auto-observation.

Pour être plus précis :

  • Une nouvelle distinction est une nouvelle façon de voir. Lorsque nous suggérons une distinction à un client, nous mettons en lumière une chose qu’il ne percevait pas auparavant. Cela lui permet de se voir lui-même et de voir le monde de manière différente et de prendre action en vue d’obtenir un résultat donné. Par exemple, pour l’un des managers, cela pourrait être : « As-tu déjà remarqué que les gens t’écoutent différemment quand tu relies tes propos à leurs engagements et à leurs préoccupations ? ». Pour le second manager, une nouvelle distinction pourrait s’énoncer de la façon suivante : « La puissance de la parole ne vient pas uniquement de tes mots. Elle provient aussi de ce que tu communiques à travers ton corps. » ;
  • Une pratique est un comportement répété encore et encore avec l’intention de développer un certain niveau de compétence. Les clients s’engagent dans ces pratiques pour les mêmes raisons que le joueur de tennis passe des heures à refaire son revers ou que la pianiste fait inlassablement ses gammes — deux domaines de pratique traditionnels : imprimer ces nouvelles distinctions dans leur corps. Par exemple, le premier manager pourra s’engager dans une pratique qui l’amène à préparer ses rencontres et ses allocutions en faisant la liste des préoccupations des personnes à qui il s’adressera. Comme le second manager se centre sur une distinction différente, sa pratique ne sera pas la même. Elle pourra s’inscrire à un cours de yoga pour ouvrir sa posture corporelle ou recevoir régulièrement des massages thérapeutiques pour détendre ses muscles. Dans les deux cas, les pratiques sont : 

a) conçues par le coach dans le cadre d’un dialogue avec le client ; 

b) adaptées à chaque personne ; 

c) visent à soutenir le client en l’amenant à incarner une nouvelle distinction.

  • Une activité de conscience de soi diffère d’une pratique en ce sens qu’elle n’exige pas de nouveaux comportements. Une telle activité implique plutôt de devenir de plus en plus conscient de soi et des autres par l’observation rigoureuse de ses comportements, de ses pensées, de ses émotions, de ses sensations corporelles de même que des réactions des autres. Un coach pourrait demander au premier manager d’observer ce qui se passe en lui et chez les autres lorsqu’il fait le lien entre ce dont il parle et leurs préoccupations et de comparer avec ce qui advient lorsqu’il ne fait pas ces liens. Le second manager pourrait porter son attention sur sa position corporelle, par exemple en faisant une pause trois fois par jour pour prendre note de la position de ses épaules et du niveau d’affaissement ou d’ouverture de sa poitrine. Dans les deux cas, l’idée consiste à amener le client à :

a) accroître son niveau de conscience de lui-même ;

b) évaluer la validité de la distinction proposée par le coach.

 

(Puissance #3) Une approche créative et élégante

La conception de pratiques et d’exercices d’auto-observation est un acte de création. Autant les clients que les coachs entrent habituellement en profonde résonance avec cet aspect du coaching en développement intégral.

Les clients rapportent à quel point ils trouvent spécial que quelqu’un conçoive un programme de coaching spécifiquement adapté à eux. Une pratique élaborée avec élégance est analogue à un cadeau soigneusement choisi ; elle démontre que le client a été « vu » et profondément écouté.

L’étape de conception est souvent vécue comme le défi le plus stimulant et agréable de tout le processus de coaching. Elle fait appel au sens créatif et à l’ingéniosité du coach. Elle l’amène à explorer la réalité sous de multiples angles différents, à aborder de nouveaux champs d’études et à s’arrêter pour s’émerveiller devant les façons inusitées qu’a le monde de se dérouler autour de nous à chaque instant. Tout cela nourrit notre créativité et donc notre capacité à produire des pratiques de haute qualité.

 

(Puissance #4) L’équilibre entre l’investigation et l’explication dans nos relations interpersonnelles

Certaines pratiques mettent l’accent sur le pouvoir de l’investigation. Elles démontrent que les clients ont réponse à toutes les questions de l’existence à l’intérieur d’eux-mêmes. La tâche du coach consiste donc à poser les bonnes questions, puis à s’éclipser. D’autres approches de coaching valorisent avant tout le pouvoir de la conviction et sont plus directives. Ces approches se fondent sur l’hypothèse que les réponses à ces questions se trouvent chez le coach. Son travail consiste alors à fournir son expertise et ses conseils au client.

Le coaching en développement intégral se situe au milieu de ces deux approches. Nous sommes d’avis que la puissance du coaching ne se situe ni au seul niveau de l’investigation ni au seul niveau de l’explication, mais dans ce que notre collègue Pam Weiss appelle le « creuset de la relation ».

Car c’est la relation qui donne lieu à cette merveilleuse complexité de l’échange et c’est cet échange qui permet à de nouvelles distinctions d’émerger. Le client arrive à la fois avec sa sagesse et avec ses zones aveugles, ses dons et ses limites. Le coach se présente avec son propre cocktail de caractéristiques et avec sa capacité à mettre en lumière les zones aveugles du client. Lorsqu’il y a confiance et respect mutuels, cela donne lieu à des conversations au cours desquelles le coach et le client posent des questions, apprennent et présentent leurs points de vue, et ce, à toutes les étapes du processus. Voici quelques exemples du déroulement de ce processus :

  • Une nouvelle distinction n’est puissante que si elle (a) aide réellement le client à percevoir quelque chose de nouveau et (b) permet au client de faire le lien avec les résultats attendus. L’étape qui suit l’identification d’une nouvelle distinction consiste toujours à vérifier celle-ci auprès du client. Le coach peut demander : « Comment reçois-tu cela ? » Et « Quelles possibilités cette distinction ouvre-t-elle ? » Dans une relation de confiance mutuelle, le client se sent libre de dire que la distinction proposée n’a aucun écho en lui ou, au contraire, qu’il l’accueille complètement. La réaction du client s’exprime à la fois par ses mots et par son langage corporel. Le coach a alors le choix soit de recadrer la distinction, d’en offrir une nouvelle ou de poursuivre l’investigation. Sa décision dépendra de sa perception de la réaction du client et de son évaluation de la capacité d’écoute de celui-ci. Avec certains clients, il faut faire preuve de beaucoup de persévérance. D’autres clients s’ouvriront davantage si le coach utilise une approche plutôt douce. Cela dépend de chaque personne. Plus le coach est à l’écoute de son client, plus il se montrera habile avec lui ;
  • Le même type de conversation peut se dérouler au moment de décider des pratiques et des exercices d’auto-observation. De nombreux échanges exploratoires ont souvent lieu entre le moment où le coach fait une première proposition de pratique et celui où le client s’engage concrètement dans une pratique ou un exercice. Le coach peut demander : « Quelles pourraient être les obstacles à cette pratique ? » ou, de façon plus directe : « Penses-tu qu’il est réaliste pour toi de faire cette pratique ? » Encore une fois, la réponse du client déterminera la suite du processus.

 

(Puissance #5) Le pouvoir de la présence et de la conscience attentive

Il est difficile de coacher efficacement une personne qui n’a pas beaucoup d’écoute. Et il est difficile d’écouter si l’on n’est pas pleinement présent. Être présent signifie être ici et maintenant plutôt qu’ailleurs dans le temps ou l’espace. Il y a de multiples obstacles à la présence : 

  • les distractions ; 
  • une posture corporelle de fermeture ; 
  • la répression des émotions (ou leur expression inconsidérée) ; 
  • et même l’environnement physique et naturel. 

La présence devient possible lorsque nous sommes conscients de toutes les manières que nous avons de ne pas être présent. À ce moment, au lieu d’être captif d’une pensée distrayante, nous reconnaissons ce qui se produit et nous lâchons prise. Plutôt que de nous enfermer dans nos émotions, nous les ressentons pleinement et les laissons passer. De la même façon, nous prenons note du fait que nos épaules sont affaissées. S’il est possible de corriger la situation, nous agissons, par exemple en modifiant la disposition de notre bureau si celle-ci cause notre mauvaise posture. Ces actions nous permettent de nous détendre dans le moment présent et d’écouter profondément nos clients.

 

(Puissance #6) L’identification de ce qui peut être utile au client ici et maintenant

Le coaching en développement intégral a beaucoup été influencé par la philosophie du pragmatisme. Le principe de base du pragmatisme est de faire ce qui fonctionne. Cela signifie-t-il que nous devrions faire ce qui a fonctionné hier dans une situation similaire avec quelqu’un d’autre ? Non, car chaque situation est unique. Le pragmatisme nous demande en fait de faire ce qui fonctionne ici, maintenant, avec cette personne.

Cela peut sembler évident, mais ce n’est pas si facile. En effet, nous avons souvent et facilement tendance à prendre des habitudes. Le pragmatisme exige une observation fine de soi-même, des autres et du contexte ambiant. Pour un coach en développement intégral, cela signifie être suffisamment présent pour se poser la question — et être suffisamment habile pour y répondre :

Qu’est-ce qui serait utile pour cette personne en ce moment ?

 

(Puissance #7) Les deux axes du coaching en développement intégral

Nous nous plaisons à dire que le coaching en développement intégral comprend deux axes. Le premier est évident : c’est le développement de nos clients. Nous les soutenons en les aidant à devenir de plus en plus compétents et satisfaits au fil du temps tout en apprenant à s’autocorriger en cours de route. La deuxième dimension de cette approche, moins évidente, mais tout aussi importante, est le développement personnel du coach. Pourquoi est-ce aussi important ? Parce que si nous n’incarnons pas l’harmonie et l’intégrité, nos clients s’en rendront compte assez rapidement. S’ils sont sérieusement déconnectés, cela leur prendra environ 20 minutes pour s’en apercevoir. Mais s’ils sont présents, ils s’en rendront compte beaucoup plus rapidement. De plus, si nous ne nous occupons pas de notre propre développement, notre perception et nos évaluations s’en trouveront affaiblies.

Par exemple, lorsqu’un client dérive et s’éloigne de son programme de coaching (par exemple, en ne faisant pas les pratiques suggérées par le coach), la plupart d’entre nous avons tendance à penser que c’est soit la faute du client, soit notre faute. Un coach qui n’est pas en contact avec lui-même tombera dans ce piège et aura une lecture inadéquate de la situation. Un coach qui est conscient de ce biais le percevra et prendra l’action corrective appropriée. Cela peut paraître un détail, mais cela peut faire la différence entre atteindre les résultats espérés ou ne pas les atteindre. C’est la raison pour laquelle, dans nos programmes publics autant que dans nos programmes à l’interne dans les organisations, non seulement nous insistons pour que les coachs investissent dans leur développement personnel, mais nous concevons des structures partout dans nos programmes pour soutenir ce principe.

 

Par James FLAHERTY et Amiel HANDELSMAN

Originalement publié dans le Magazine Coaching num. 14, Octobre 2022

 


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